La Terre au vent

Nous emporterons la terre dans le creux de nos mains

Et puis comme un semeur aux gestes infinis

Nous déploierons les nôtres aux grands champs de la nuit.

Nous ouvrirons le ciel comme un livre ancien

Et nous lirons sillonant le silence des mondes

Tandis que des floppées de moineaux s’envoleront

De nos fronts devenus voiles au vent.

Salve d’octobre

…et comme on a battu le blé pour disjoindre le grain de son enveloppe sèche

il nous faudra battre les mots afin de dégager la profondeur par la mémoire sans âge du geste du semeur,

qui est parole, qui est silence et beauté comme filante, et qui répète à l’envie devant les anges du seigneur

dans l’infini l’essence de la terre pays où s’est perdu le souvenir de l’origine

dans les entrailles constellées de nuit venue.

Médaillons

L’amande du jour

Est une ogive de saveurs

De pourpre et de parfums

Comme la nuit.

….

On passe,

on fait ceci, on fait cela,

On a même parfois

L’impression d’exister.

….

Les couchers de soleil

Sont des promesses

Que la nuit bonne mère

Se charge de couver.

….

L’été est déjà loin

Après les fleurs,

Après les feuilles

Voici le temps

Des semences

Le temps des souvenirs

Et des jours à venir.

Lundi chapeau

Il y aura un chapeau sur le lundi

Des gens qui passent sur un quai

Et qui s’en vont saluer le ciel bleu

Avant d’aller river leurs yeux

Sur le monde fini.

Il aura des chapeaux, des chaussures

Des pantalons des robes, une veste, des jupes

Et ce sera comme un lundi qui passe entre les pins et les nuages

Pour saluer les gens qui passent et qui s’en vont vers l’infini.

Pluie de fer et d’or

Lorsque les feux de pierres

Déchirent l’air

Une pluie d’or

S’agrège dans le sang

Une pensée se forge

Un mouvement se fait

Hors de la mort.

Voici la terre qui s’offre à la mort

Tout ralentit, vienne l’automne

Son vent de feux, ses larmes d’or

Vienne le flétrissement des fleurs

La chute affable des feuilles et des fruits

Vienne l’automne avec les pommes

Devant la mort face à la nuit

Et s’accroisse le vivre

Au cœur de l’homme.

La porte Nord-Ouest

Plaque de fer rouillée, rongée, noircie, rougeâtre et brune,

beige un peu, ramassée dans le sable entre les pierres

aux confins de l’Europe du Nord-Ouest.

L’eau remontait avec le soir entre les pierres

se déchirer dans les falaises et dans des trous recouvert d’algues.

Entre la masse rocheuse et l’obscur j’entendais, j’écoutais,

je regardais presque le gargouillis sonore et creux des crabes dans le sable

qui s’enfonçaient.

Plus tard, dans le silence des étoiles sur le village assoupi,

je notai encore quelques mots:

De l’eau qui touche au bord du monde

vers nous s’approche

le nom que nous cherchons dans tous les noms

la porte

qui s’ouvrira dans l’âme de l’eau profonde

Des livres

Il y a des livres qui sont comme des lieux

où l’on aime à se rendre parce qu’en ces lieux justement,

on se met à vivre, à ressentir, à penser autrement.

On se détache d’un monde bien connu,

on se défait comme de rien des habitudes,

on se découd la vie trop dense dans un souffle nouveau d’exister

et l’on se laisse imprégner par autre chose que soi,

et voila justement que cette étrangeté vous ramène

au plus secret de soi.

Chemin de toi

(poème revenu entre les feuilles de saison)

Les rivières ne pensent qu’à la mer,

naissent avec la mort pour océan.

Viens mon chemin, je t’emmène là

où tes pas se posent dans mes pas

et s’ils te portent en rivière

dans la mer du monde où s’effacent les lieux,

c’est que déjà tes pas étaient chemins de toi

aux rives de tes yeux.