Les Courtes (..)

20

Un pays au-delà de la neige,

Là-bas, sur la mer,

Ville d’écume et de lumière.

21

Dans chaque son du langage,

Un geste;

Dans chaque geste,

Une image;

Dans chaque image

Le plus profond de soi.

.

22

Et de grands mouvements dans l’infini…

23

« Je suis »,

C’est déjà trop,

« Je » … suffit.

24

Dans la nuit…

La lumière!

25

Presque toujours

Nous épuisons.

26

Faire,

Ici,

C’est à dire

Oublier le reste.

27

Tes yeux,

Ne les sens-tu pas quelque fois

S’éloigner de toi?

28

Pas forcément besoin de visage

Pour être aimé.

Les courtes (.)

9

L’oubli

Pierre tombée

Dans l’eau du jour.

10

Encore un papier

En guise de marque page

Entre deux pensées.

11

Petit poème écrit d’un coup

Comme le temps passe.

12

Le printemps des forêts

L’aïl des ours

La rivière.

13

Message,

Bonne nouvelle,

Pas de signature.

14

Les signes

Ce qui existe est langage.

15

Peu de mots

C’est tout ce qu’il faut.

16

Le tilleul

Feuilles vertes tournées vers le bas,

Dentelle d’avril.

17

Avril est frais pour le tilleul.

18

Peut-être qu’en lisière de soi

Les gens de l’autre monde

regardent

19

Tu ne dis plus rien.

Là-bas sur la route,

ton dos sur le chemin.

Les courtes

1

Cette façon d’oublier

la vie toute simple,

c’est le jour nu,

toujours le matin.

2

L’oubli est un comprendre

enraciné.

3

L’évidence du monde

la façon qu’elle a de dire son nom.

4

Oubli: insignifiant sacré,

voyance et cécité.

5

Au simple du jour,

mon regard, ma pensée.

6

Pas d’instant dépourvu d’évidence

7

Dans le limpide du comprendre

ce qui est là

est là toujours par trop d’absence.

8

Dans l’eau d’un puits

la transparence fait d’une étoile

un signe.

 

Terre de temps

Ce qui appelle n’est déjà plus dans les mots,

les oiseaux chantent le printemps dans le tilleul

mais ce n’est pas du chant que je parle ni de l’oiseau

ni du tilleul lesté de son feuillage verdoyant,

je parle d’une voix sans lèvres, d’un regard

au-delà de nos yeux, d’une lumière plus nue

que celle du soleil, d’une présence dans la terre

plus claire que le cristal et plus vraie que la mort

qui efface, je parle de l’espace près d’une tombe

où le temps s’est offert pour refaire le monde.

La Passerelle

La passerelle qui franchit le sable du silence

entre mémoire et paysage,

de quelle substance est-elle faite ?

Les mots semblent tresser des cordes fines

sur lesquelles scintillent des feux de perles

qui ne sont pas de rosée.

Mon pied et mon regard se posent sur des terres fertiles,

le vent courbe les herbes jaunes.

Le chemin se perd sous l’ondoiement du souffle de mes lèvres et de mon sang.

Entre paysage et silence

Il y a bien un lieu où la journée tisse une trame

entre le paysage et le silence, un pré sensible, un lieu d’enfance.

Là fait ombrage la lumière de la pensée.

Le cœur par d’ineffables gestes-là répond aux couleurs qui l’épurent.

Lieu sans histoire de bien et d’âme que ton geste le moindre efface comme cendre

sans perdre flamme. Et la présence qui t’éveille alors à boire trouve éternité.