Un chemin de semences

Toujours d’actualité

Le Journal Poétique d'Amargo

L’automne encore

L’automne vient

L’ocre le jaune le brun.

Le frais dans l’air

L’odeur de terre avec le vent

Et l’air de rien

La pluie de temps en temps..

Le chemin d’être à soi

Se dégage des ors

Sur les feuillages enflammés

La semence des pas

Comme sente entre mots

Et pensée dans la voix

Et je vais où tu vas

Intangible silence

T’apprendre une nouvelle fois.

(2015/16)

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Un peu à côté

Lorsque j’étais enfant, je me sentais un peu à côté de tout. Déjà nimbait mon âme la question d’une lumière persistante, présence de moi à moi-même mais comme séparée, décalée, et comme si le monde autour de moi n’était pas vraiment le réel, comme s’il n’était qu’un jeu pour rire et qu’il fallait ne pas s’y attarder par trop de poids, par trop de peu et par trop de mauvaises pensées.

Reste que la question était là, quelque soit la couleur du ciel, la température sur le baromètre du songe, quelque soit le lieu ou les gens…elle me regardait de loin, de haut, vibrait en moi comme venue d’ailleurs et de la terre, elle accourait sans hâte de tous les horizons, ressemblait à une voile au large du destin, à un navire de nuages sous le ciel bleu, à une fleur dans la muraille entre les pierres du matin.

Une femme regarde

Comme une femme qui regarde longtemps passer la nuit

dans la matière vive

et qui attend qu’un vent se lève,

un chant de l’autre monde

qui prendrait les couleurs d’un navire

afin que se brise le temps en simples et grandioses harmonies.

Cette femme est cachée dans le silence des forêts,

elle a des glaises grasses et luisantes dans les mains

qu’elle passe sur son corps

écrivant la jouissance d’être au monde

un instant et vivant

dans un corps de naissance et de terre

un moment hors du temps

Comme un oiseau

Étrange impression de peser et de ne peser pas, où donc est le soleil de l’âme? Où sont mes yeux, le paysage, et cette kyrielle de sentiments qui me chahute la poitrine sur quoi repose-t-elle? Comment vient-elle ici et non chez toi qui interroges sur le sens de ma voix. Et la parole dite, crois-tu vraiment qu’elle s’inscrit dans le silence un peu comme un oiseau que l’on voit s’enfoncer dans le bleu à midi?

Salutation

Combien se sont perdus sur tes chemins?

Combien virent ton aube au fond de toi

comme un peu d’encre luire sous leurs doigts?

Combien laissèrent le silence au bords des  routes

et ne connurent pas la fierté des chardons?

Se perdre, luire, abandonner aux jours

l’amour qui batifole dans les flaques.

Plie jusqu’à terre ta haute brise d’âme

offre au regard de l’infini la nuque de ton cœur.

Salue d’un geste bref ce qui s’efface

comme un ami sur le chemin, et passe.

Elle avance…

Elle avance à petits pas dans le jardin

les pieds mouillés par l’herbe du matin.

Elle remonte à hauteur d’homme

et penche son visage.

Que chantent les ruisseaux sans qu’on les voit!

Que les oiseaux s’envolent de notre toit!

Elle file une toile de flûte sur le jour

au milieu des roseaux impatients d’amour.

Ton cœur ce soir

Ha! ce chemin que tu ne connais pas,

ce chemin de poussière sous chacun de tes pas,

cet aller un peu plus sans partir, cette avancée

dans la lumière invisible du jour.

Tu vas à l’horizon comme depuis toujours

et le vent t’accompagne et la nuit te nourrit.

Tu vas à ce chemin de n’être pas au delà de tes yeux

et de ne pas comprendre

et tu appelles seulement d’un regard,

ce soir ton cœur est triste mais tu ne sais pourquoi.

Vide grenier

Le soleil ne se montrait pas encore, il préparait

derrière les nuages quelque affaire à régler plus tard dans journée.

Je longeais le chemin côtier bordé de prairies jaunes pâles.

Le geste incliné des herbes semblait comme voulu.

Le vent, qu’on ne voit pas, soufflait à l’oreille du silence son désir.

La mer ne disait rien, elle chantonnait, grise et bleue,

comme une lavandière, penchée sur la rive du jour.

Je parvins sur la place au devant du village.

Le vide grenier commençait sa journée

mais je rentrais par le chemin des falaises

car le soleil avançait maintenant sur le sentier de craie.